Dimanche 20 septembre 2009
Il entre dans le bar. Le gros monsieur. Costard brun. Comme une tenue du dimanche. Il est heureux
visiblement. La soixantaine, les cheveux clairsemés, poivre et sel. Le teint rubicond. 1m70. Un bouquet de roses rouges à la main. Ouais, il a rencart. Et s'il connaît un peu le langage des
fleurs, il s'engage sur la voie de la passion. Et je trouve ça cool. Il pose son bouquet sur une chaise et il commande un jus d'orange. Il sourit. La serveuse le chambre gentiment en disant
"qu'il ne fallait pas pour le bouquet". Il rigole. On dirait un gamin. Et j'aime ça. Le soir tombe. Et il a un rencart. Et il est heureux. J'imagine un resto. J'imagine un chouette truc. Il a
l'air gentil ce gros monsieur. Il termine son jus d'orange et il s'en va. Comme une parenthèse.
Par Chris Spé
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Il y a sûrement un nom plus politiquement correct que balayeur, genre ingénieur en instruments à manche, mais
j'aime bien le mot balayeur. Je le croise souvent le matin en arrivant à la maison des jeunes. Avec sa chasuble orange fluo, sa combinaison de travail verte et sa poubelle à
roulettes verte aussi. Les gens le connaissent. Toujours souriant. Ses traits, sa manière de parler, la lumière qu'il irradie montrent qu'il "souffre" de déficience intellectuelle. Il balaie
notre bout de trottoir, concentré sur la tâche même si je ne suis pas persuadé de l'efficacité de son travail. Mais il est là. Et c'est cool. Ouais, toujours souriant. Les voitures klaxonnent
pour lui souhaiter le bon jour. Il répond en levant la main, les yeux étincelants. C'est la pureté avec une chasuble orange fluo qui balaie notre bout de trottoir. Les gens lui parlent. Il est
content de leur répondre et d'être avec eux. Je sors de ma voiture et je lui demande "bonjour, vous allez bien?" et il répond "toujours quand je vous vois". Et il est sincère, sans arrière
pensée, vivant dans l'instant. "Heureux les simples d'esprits parce que le royaume des cieux etc...". Je crois qu'il vit déjà au paradis ce gars. Il faut que j'en descende des "Jack" et des
bières pour être dans cet état moi!
Par Chris Spé
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Catégorie "les anges". Second exemple. Les petits riens qui égaient tranquillement une journée. Ce qui fait
aimer l'humanité malgré toutes ses faiblesses. Mais peut-être que je me répète un peu. Pas grave. Il faut souligner.
Noël est dans l'air. Le plafond nuageux est bas. Neigera, neigera pas? Je me sens d'humeur altruiste (pour une fois) en ce premier samedi de décembre. Je propose à ma compagne de l'amener au
salon de la nana (nom officiel: le salon "femmes du monde"). J'ai entendu une publicité vantant l'évènement à la radio. Il est question de fringues, de défilés, de beauté... enfin vous voyez, des
trucs de filles. En général, je déteste faire les boutiques mais là, je me dis, "c'est Noël", "ça peut être marrant (surtout s'il y a un bar pour patienter)", "comme "elle" sait que je hais ce
genre de trucs peut être qu'après...?"... enfin vous voyez, des trucs de mecs. Okay, je ne suis pas si altruiste que ça. Direction "Tours et Taxis". C'est le grand site d'expo de Bruxelles.
La route pavée. La Senne qui s'écoule doucement. Grise. Le parking. Il est payant.
Pas beaucoup de véhicules. Il attend dehors. S'ennuie sûrement. Son uniforme bleu qui le boudine un peu. La cinquantaine. Cheveux gominés. Un gros ventre de buveur de bière. Un visage rond et
marqué. Il est souriant. Il a tout du bon vivant, du joyeux compagnon de beuverie. Je roule dans sa direction, ouvre ma fenêtre, m'apprête à lui tendre les 3 euros pour le stationnement.
"Bonjour, nous venons pour le salon de la gonz... euh femmes du monde" - "bonjour, oh non, je ne vous fais pas payer, il n'y a personne". Il rigole. Son regard direct indique une personne
franche. "Garez vous où vous voulez, le salon est au fond à droite, longez les portes vertes". Ça me rappelle un titre de film (que celui ou celle qui voit de quoi je parle lève le doigt! héhé).
Petit sourire. "Okay, merci beaucoup, bonne journée". Vraiment un brave type.
Effectivement, le salon est vraiment à chier. La plupart des exposants ont plié boutique à cause du peu d'affluence. La décoration est minable. Une ambiance très lourde. On
ressentait la colère. Au peu de stands auxquels nous nous sommes arrêtés, les gens nous ont parlé de leurs revendications. Ils étaient outrés et ils s'excusaient du spectacle. Nous avons eu le
droit à certaines confidences ("on vient de loin", "nous allons faire un procès", "la peau des hommes est plus grasse que celle des femmes"...). Bon. En ce qui me concerne, "mission accomplie".
C'est l'intention qui compte. Non?
Par Chris Spé
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Je viens de créer une nouvelle catégorie pour classer mes petits articles. Elle s'appelle "les anges". Non,
je n'ai pas émigré en Californie. Non, je ne fais pas une crise de mysticisme. En fait, ce titre est plutôt lié à une certaine vision kerouacienne* de l'existence. Les anges. En ces temps de
grisaille (et je ne parle pas ici de météo), je trouve qu'il est parfois réconfortant de lire des histoires qui illuminent. Il va être question de récits (parfois simplement quelques mots)
concernant des personnes "normales" qui par leurs attitudes, leurs actes ou leurs paroles m'ont fait dire "ben merde... elle n'est pas si mal finalement cette humanité". Bien-sûr, il n'est pas
question de tomber dans "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil" parce qu'on sait que ce sont des conneries. Ces histoires courtes sont simplement des petites bulles
d'oxygène un peu euphorisantes (enfin, selon moi). C'est le comportement du garagiste qui m'a donné cette idée (voir ici ).
Je suis au restaurant. La carte. Beaucoup de choses me disent. Les menus sont sympa et pas chers mais ils comprennent tous un dessert et je dois avouer que je suis plutôt fan de salé. Je vais
donc commander à la carte. Le garçon qui est aussi le patron vient pour prendre la commande. Une entrée et un plat. Il me demande alors "mais pourquoi vous ne prenez pas de menus, ça reviendra à
moins cher?!". Euh, je dois avouer que je n'avais pas fait le calcul. J'explique donc que je ne souhaite pas de dessert. Il sourit. "ben prenez le menu quand même, je ne vous mets pas de dessert
et à la place, je vous offre un café". Honnête. Gentil. Et simple. Un très bon moment. Et en plus, les plats étaient délicieux.
Ces instants inscrits dans l'éternité (euh, ça c'est kerouacien*... héhé).
* qui se rapporte à l'écrivain américain Jack Kerouac
Par Chris Spé
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