Le boulot d'éduc ne se cantonne pas à être en relation avec "son" public. Non, non, il y a plein d'autres choses autour.
Recherches de subsides, gestion de la structure, des réunions (tout plein de réunions > équipe, partenariales, assemblées générales, avec les financeurs, avec les stagiaires...), relations
avec les médias, relations avec les politiques, gestion de sites Internet divers et variés, bilans (tout plein de bilans aussi), diplomatie... Aujourd'hui, c'était l'université d'automne de notre
fédération.
Bon. A la base, je n'étais vraiment pas chaud pour y aller. Mais, c'était à Bruxelles et je ne pouvais pas dire que c'était
en pleine cambrousse et que je risquais de me perdre. Chaque Maison de Jeunes en Belgique doit être affiliée à une fédé. Il s'agissait aujourd'hui de définir les valeurs défendues par la-dite
fédé et nous, en tant qu'affiliés, avions notre mot à dire. Soit. Bonnes intentions. Mais vous savez ce que c'est hein... une fédé doit être fédératrice :-) et les valeurs défendues et ben, pour
plaire à tout le monde, elles restent très vagues et ne font pas avancer le smilblick. Et puis ça restent des valeurs, des finalités (déjà posées dans le décret qui régit les maisons de jeunes)
et j'avoue que je suis beaucoup plus intéressé par les moyens d'atteindre ces finalités et ça, et bien, on le bosse en équipe. Personnellement, j'aurais aimé discuter des relations entre la
fédération et les maisons de jeunes. On m'a dit que ce n'était pas le sujet de ces deux jours (ah ouais, ça dure deux jours ce truc). Si on ajoute à ça le fait qu'une personne du ministère m'a
raconté que les fédé se battaient avant tout pour les... fédé, et bien, vous comprendrez ma lassitude et mon manque de motivation. Du coup, j'ai mangé avec les gens qui réfléchissent et je me
suis cassé. Il va de soi que demain je n'y retourne pas. Ca tombe bien, j'ai plein de boulot.
Par Chris Spé
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Vendredi 20 novembre 2009
Un extrait:
"Il est rare que les flics, les journalistes de faits divers et les travailleurs sociaux engagés et convaincus, ayant l'habitude de traîner en compagnie de leurs collègues, nouent des amitiés
profondes avec des gens qui n'appartiennent pas à leur profession. Pour autant, ce ne sont pas des solitaires dans l'âme, ils n'ont rien d'élitiste, pas plus qu'ils ne se croient investis d'une
mission. Simplement, ils ne partagent pas la vérité de leur expérience avec des personnes qui y sont étrangères. Si c'était le cas, celles-ci leur battraient probablement froid et
s'esquiveraient."
James Lee Burke dans "Jolie Blon's Bounce"
J'ai été étrangement fier de trouver une référence à la profession dans un roman. Surtout chez un auteur comme James Lee Burke! Dans la moiteur du bayou. D'autant plus que je me reconnais assez
bien dans ce passage. Sauf qu'en ces lieux, j'essaie de "partager la vérité de ma (petite) expérience". Prenez soin de vous.
Par Chris Spé
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Non, pas de sang dans la rue ce week-end. Cf l'article d'avant comme dirait l'autre. S. est désormais cantonné chez
lui ce qui est un moindre mal. Une certaine réalité. Quelles sont les causes? Qui a raison? Qui a tort? Est-ce un putain de tonneau des Danaïdes? Je crois qu'il y a un peu de ça. Et je crois
aussi que je dois être un con de descendant de Sisyphe. Une ex-stagiaire, qui est en "crimino" maintenant, m'a dit qu'elle avait pensé à moi parce qu'un de ses profs avait balancé que les
éducs ne servaient à rien. Elle a préféré se taire plutôt que de lui dire ce qu'elle pensait. Sage. Et si effectivement, nous ne servions à rien? Un questionnement qui bouscule. Quand j'étais en
formation d'éduc (irts - france), un prof nous avait dit que nous ne servions pas forcément à grand chose mais que, sans nous, ça serait encore pire. Alors puisque c'est mon blog, voilà ce que je
pense. Il faut rester humble. La "personne", jeune ou moins jeune, ne s'en "sort" que grâce à elle. Nous ne sommes qu'une petite béquille à un moment donné de sa vie. Mais putain ce que c'est bon
d'être une béquille!!!! Nous côtoyons la merde (et je ne parle pas des gens mais juste des situations). Nous ne sommes pas reconnus. Nous ne sommes pas syndiqués. Nous travaillons quand personne
ne travaille plus. Nous ne faisons pas grève à la moindre petite broutille. Nous travaillons dans l'ombre. Nous sommes payés comme des grosses merdes. Nous n'avons pas de prime de risque alors
que nous sommes tous les jours "au front". Nous ne sommes pas armés (et tant mieux). Alors camarades, personne ne vous le dira mais soyez fiers de votre métier! Soyez fiers de votre choix de vie
(parce que nous devons avoir des conjoints compréhensifs)! Regardez-vous dans la glace avec un sourire!
ps: pour ceux qui débarquent ici, je ne sors pas juste de l'irts (institut régional du travail social), j'ai mon diplôme depuis plus de 10 ans et ça fait une quinzaine d'années que je
traîne dans le "social". La flamme est toujours là. N'écoutez pas les oiseaux de mauvais augure et poursuivez le combat!
Par Chris Spé
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Samedi soir. La nuit tombe sur la maison des jeunes. Je ne travaille plus le samedi en principe. Mais de temps en temps.
Lors d'évènements. Ou en renfort. Il commence à faire froid. Il y a du monde mais l'ambiance est plutôt tranquille. PS3. Internet. Atelier peinture. Et des graines de rappeurs qui répètent. Tout
cela est relativement serein. Le calme avant la tempête.
Il est 18h30. La porte s'ouvre brusquement. Un "ancien" de la m.j. entre en rage. Un gars avec lequel nous nous sommes déjà frités, il y a quelques années. "Il est où S?". Silence de mort dans
l'accueil. S. qui est sur un ordinateur lève la tête et avec un regard mêlé d'interrogations et de crainte dit qu'il est là. "Sors avec moi!". Il se lève et il accompagne le mec. La porte blindée
se referme. Pas tranquille, je les suis. O. (un de mes collègues) vient avec moi.
La scène: S. est à terre en train de se faire rouer de coups de pieds. "Enculé". "Fils de pute". "Je vais te tuer". "Filer du shit à mon petit frère de 14 ans!". Nous nous interposons. "Quoi? Ça
ne vous regarde pas! Vous feriez quoi à ma place vous?". Tout en hurlant, il essaie d'atteindre S. mais nous faisons barrage. Des coups arrivent somme toute à passer. Le gars est vraiment hors de
lui. Mélange de sentiments en ce qui me concerne. Nous connaissons bien S. et même s'il est parfois un peu "lourd", c'est un chouette gamin de 16 ans. Et, en même temps, je me dis qu'il mérite un
peu ce qui lui arrive. Mais... c'est surtout sa sécurité qui me préoccupe. Nous arrivons à le faire entrer dans la maison. Les autres jeunes sont au spectacle et ça commence à faire un bel
attroupement devant et dans le bâtiment. S. a un beau bleu au niveau de l'oeil gauche. Il semble traumatisé. Un gars essaie de l'amener avec lui mais "l'énervé" nous suit. "Tu as de la chance
d'être protégé! Mais on va se retrouver! Si je te croise dans la rue, je te casse la tête! Et je t'encule, pour toi, je vais devenir pédé! Je t'encule! Et tu peux appeler tes frères, on va vous
massacrer! Fils de pute!". Il se tourne vers nous. "Et vous! Vous faîtes quoi!? Vous êtes censés éduquer les jeunes et vous laissez un gars donner du shit à un gamin de 14 ans!". Je ne
réponds rien. Pas vraiment le moment. Il n'entendrait pas. L'échange ne s'est pas fait à la m.j. apparemment (et même, nous ne voyons pas toujours tout) et nous ne sommes pas non plus franchement
responsables de toutes les rues de la ville mais soit... et puis, on aurait pu discuter de la raison de cette échange de shit... mais bon... vous voyez hein. Il gueule en disant que son père les
a abandonnés et que c'est maintenant lui le chef de famille, qu'ils ont quatre jugements pénaux en attente et les huissiers à la porte. Et il s'en va avec un dernier "t'as intérêt à déménager
parce que ça va être l'enfer pour toi ici!". S. est prostré. Encore beaucoup de jeunes présents. Je sors et j'entre presque en collision avec une jolie flic.
"On nous a signalé une bagarre ici". "Le problème est réglé". "Ils sont où ceux qui se bagarraient?". S. est là et il se remarque vu son état. Elle se dirige vers lui. Dehors. 4 à 5 policiers en
uniforme, 2 en civil et un maître chien. Ça ne rigole pas. Tout le monde reste courtois. L'un des flics me demande si c'est moi qui les a appelés. Non. et ce n'est personne de l'équipe non plus.
Un voisin sûrement. Et merde, bonjour l'image. A l'intérieur, l'agent de police pose des questions. "Tu connais le nom de la personne". S. est embêté et il répond "non". Elle me pose la
question. Et là, je suis vraiment bien emmerdé. Je connais le nom de la famille (pas le prénom). S. me regarde. Je dois faire un choix très rapidement. Si je parle, "l'énervé" sera arrêté mais ça
mettra de l'huile sur le feu entre les deux familles (sont loin d'être des tendres) et si je ne parle pas, est-ce que je fais mon boulot d'éduc? Pour moi, la loi reste la référence absolue. Je
regarde une dernière fois S. dans les yeux. Non, je ne connais pas le nom du type. Les choses se tassent. Pendant que j'étais dehors, S. a parlé du shit en disant qu'il l'a trouvé par terre et
que l'autre gamin avait voulu le garder. La police s'en va.
Face à S.. Je lui demande si ça va et en même temps, je lui dis que ce qui vient de se passer est bien fait pour sa gueule. C'est bien beau de se la péter gangsta mais il y a un prix à payer.
Petit con. Nous appelons son grand frère. Un chouette gars que nous connaissons aussi très bien. S. essaie à nouveau de se justifier en redisant qu'ils ont trouvé le shit à terre. Prends moi pour
un con. Le frère arrive. Nous lui exposons toute l'affaire. Il va s'en charger, il connaît bien la famille et il va attendre un peu que ça se calme. Je lui dis qu'il n'hésite pas à m'appeler
s'il a besoin d'un quelconque coup de main. Nous fermons la maison. Et là, un cas de conscience me saute dessus. Ai-je bien fait? Et s'il arrivait quelque chose à S. parce que je n'ai pas balancé
le nom? Mes collègues disent que nous avons fait ce qu'il fallait. Pas faux en ce qui concerne la loi de la rue. Mais pour le reste... l'avenir nous le dira.
Par Chris Spé
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Dimanche 13 septembre 2009
Ouais. En entendant les suites de l'affaire "Gigri". En croyant encore un peu en l'humanité. Ouais, rien de moins. Au
travail, les choses sérieuses commencent à se profiler. Et c'est cool. Petit résumé de la semaine.
- la compta: comme un fil rouge depuis la rentrée en fait. Je classe et j'encode. Histoire de savoir où nous en sommes exactement. Solde positif. Très positif. Nous allons pouvoir continuer à
dépenser (avec mesure et discernement, il ne faut pas oublier que c'est de l'argent public!). Achat d'ameublement en perspective. Et aussi un spectacle et un ou deux clips. Il y a deux disques en
cours d'enregistrement.
- un Conseil d'Administration: il y avait beaucoup d'absents mais les personnes présentes sont très motivées. C'est agréable. De nouveaux bâtiments vont être construits sur la commune, il est
question de nous mettre un espace de 300 à 400 m² à disposition. Apparemment, nous aurons même le droit de donner notre avis sur les plans. Bon, ce n'est pas pour demain mais c'est une chouette
idée.
- H est revenu. Il passait au tribunal mercredi. Il s'est renseigné pour une formation d'animateur mais il n'a pas les moyens de la payer. Comme il donne des cours chez nous, il va être possible
de s'arranger. Ceci dit, je ne suis pas dupe. H. se bouge les fesses à chaque fois qu'il doit passer au tribunal. Aussi, nous avons décidé en équipe de signer un contrat avec lui. Nous finançons
la formation, tu t'engages à vraiment donner les cours et surtout, tu suis la formation!
- une supervision: un moment toujours délicat mais vraiment salvateur. Tout le monde balance ce qu'il a sur le coeur. Les choses se disent. Pas d'attaque mais des remarques. Une équipe adulte
quoi. Ça demande de l'énergie mais c'est une vraie bulle d'oxygène.
- fête de quartier: un stand, des échanges, des rencontres, des projets. Ça caillait.
Ouais, pour le coup, c'est vraiment reparti!
Par Chris Spé
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