Dimanche 15 novembre 2009
Ciel nuageux. Il a plu. Encore. J'adore la pluie. Je suis allé chercher les derniers cartons. Elle m'a appelé pour me dire qu'il restait beaucoup de choses. Dans un premier temps, j'ai dit
"balance tout ça". Mais elle a insisté. Alors je suis allé chercher les derniers cartons. Les derniers. La B.O. de "The Virgin Suicides" comme fond sonore. Et puis, j'ai dû ranger. Une vie à deux
se résume à bien peu de choses quand c'est terminé. Les odeurs de notre ancien appartement qui traînent sur mes affaires. Des réalités qui se télescopent. Il faut ranger. Et se souvenir des
raisons qui m'ont fait prendre cette décision irréversible. Malgré la nouvelle solitude. Malgré les longues soirées. Avec le temps... enfin, c'est ce qu'on dit.
Par Chris Spé
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Non, pas de sang dans la rue ce week-end. Cf l'article d'avant comme dirait l'autre. S. est désormais cantonné chez
lui ce qui est un moindre mal. Une certaine réalité. Quelles sont les causes? Qui a raison? Qui a tort? Est-ce un putain de tonneau des Danaïdes? Je crois qu'il y a un peu de ça. Et je crois
aussi que je dois être un con de descendant de Sisyphe. Une ex-stagiaire, qui est en "crimino" maintenant, m'a dit qu'elle avait pensé à moi parce qu'un de ses profs avait balancé que les
éducs ne servaient à rien. Elle a préféré se taire plutôt que de lui dire ce qu'elle pensait. Sage. Et si effectivement, nous ne servions à rien? Un questionnement qui bouscule. Quand j'étais en
formation d'éduc (irts - france), un prof nous avait dit que nous ne servions pas forcément à grand chose mais que, sans nous, ça serait encore pire. Alors puisque c'est mon blog, voilà ce que je
pense. Il faut rester humble. La "personne", jeune ou moins jeune, ne s'en "sort" que grâce à elle. Nous ne sommes qu'une petite béquille à un moment donné de sa vie. Mais putain ce que c'est bon
d'être une béquille!!!! Nous côtoyons la merde (et je ne parle pas des gens mais juste des situations). Nous ne sommes pas reconnus. Nous ne sommes pas syndiqués. Nous travaillons quand personne
ne travaille plus. Nous ne faisons pas grève à la moindre petite broutille. Nous travaillons dans l'ombre. Nous sommes payés comme des grosses merdes. Nous n'avons pas de prime de risque alors
que nous sommes tous les jours "au front". Nous ne sommes pas armés (et tant mieux). Alors camarades, personne ne vous le dira mais soyez fiers de votre métier! Soyez fiers de votre choix de vie
(parce que nous devons avoir des conjoints compréhensifs)! Regardez-vous dans la glace avec un sourire!
ps: pour ceux qui débarquent ici, je ne sors pas juste de l'irts (institut régional du travail social), j'ai mon diplôme depuis plus de 10 ans et ça fait une quinzaine d'années que je
traîne dans le "social". La flamme est toujours là. N'écoutez pas les oiseaux de mauvais augure et poursuivez le combat!
Par Chris Spé
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Samedi soir. La nuit tombe sur la maison des jeunes. Je ne travaille plus le samedi en principe. Mais de temps en temps.
Lors d'évènements. Ou en renfort. Il commence à faire froid. Il y a du monde mais l'ambiance est plutôt tranquille. PS3. Internet. Atelier peinture. Et des graines de rappeurs qui répètent. Tout
cela est relativement serein. Le calme avant la tempête.
Il est 18h30. La porte s'ouvre brusquement. Un "ancien" de la m.j. entre en rage. Un gars avec lequel nous nous sommes déjà frités, il y a quelques années. "Il est où S?". Silence de mort dans
l'accueil. S. qui est sur un ordinateur lève la tête et avec un regard mêlé d'interrogations et de crainte dit qu'il est là. "Sors avec moi!". Il se lève et il accompagne le mec. La porte blindée
se referme. Pas tranquille, je les suis. O. (un de mes collègues) vient avec moi.
La scène: S. est à terre en train de se faire rouer de coups de pieds. "Enculé". "Fils de pute". "Je vais te tuer". "Filer du shit à mon petit frère de 14 ans!". Nous nous interposons. "Quoi? Ça
ne vous regarde pas! Vous feriez quoi à ma place vous?". Tout en hurlant, il essaie d'atteindre S. mais nous faisons barrage. Des coups arrivent somme toute à passer. Le gars est vraiment hors de
lui. Mélange de sentiments en ce qui me concerne. Nous connaissons bien S. et même s'il est parfois un peu "lourd", c'est un chouette gamin de 16 ans. Et, en même temps, je me dis qu'il mérite un
peu ce qui lui arrive. Mais... c'est surtout sa sécurité qui me préoccupe. Nous arrivons à le faire entrer dans la maison. Les autres jeunes sont au spectacle et ça commence à faire un bel
attroupement devant et dans le bâtiment. S. a un beau bleu au niveau de l'oeil gauche. Il semble traumatisé. Un gars essaie de l'amener avec lui mais "l'énervé" nous suit. "Tu as de la chance
d'être protégé! Mais on va se retrouver! Si je te croise dans la rue, je te casse la tête! Et je t'encule, pour toi, je vais devenir pédé! Je t'encule! Et tu peux appeler tes frères, on va vous
massacrer! Fils de pute!". Il se tourne vers nous. "Et vous! Vous faîtes quoi!? Vous êtes censés éduquer les jeunes et vous laissez un gars donner du shit à un gamin de 14 ans!". Je ne
réponds rien. Pas vraiment le moment. Il n'entendrait pas. L'échange ne s'est pas fait à la m.j. apparemment (et même, nous ne voyons pas toujours tout) et nous ne sommes pas non plus franchement
responsables de toutes les rues de la ville mais soit... et puis, on aurait pu discuter de la raison de cette échange de shit... mais bon... vous voyez hein. Il gueule en disant que son père les
a abandonnés et que c'est maintenant lui le chef de famille, qu'ils ont quatre jugements pénaux en attente et les huissiers à la porte. Et il s'en va avec un dernier "t'as intérêt à déménager
parce que ça va être l'enfer pour toi ici!". S. est prostré. Encore beaucoup de jeunes présents. Je sors et j'entre presque en collision avec une jolie flic.
"On nous a signalé une bagarre ici". "Le problème est réglé". "Ils sont où ceux qui se bagarraient?". S. est là et il se remarque vu son état. Elle se dirige vers lui. Dehors. 4 à 5 policiers en
uniforme, 2 en civil et un maître chien. Ça ne rigole pas. Tout le monde reste courtois. L'un des flics me demande si c'est moi qui les a appelés. Non. et ce n'est personne de l'équipe non plus.
Un voisin sûrement. Et merde, bonjour l'image. A l'intérieur, l'agent de police pose des questions. "Tu connais le nom de la personne". S. est embêté et il répond "non". Elle me pose la
question. Et là, je suis vraiment bien emmerdé. Je connais le nom de la famille (pas le prénom). S. me regarde. Je dois faire un choix très rapidement. Si je parle, "l'énervé" sera arrêté mais ça
mettra de l'huile sur le feu entre les deux familles (sont loin d'être des tendres) et si je ne parle pas, est-ce que je fais mon boulot d'éduc? Pour moi, la loi reste la référence absolue. Je
regarde une dernière fois S. dans les yeux. Non, je ne connais pas le nom du type. Les choses se tassent. Pendant que j'étais dehors, S. a parlé du shit en disant qu'il l'a trouvé par terre et
que l'autre gamin avait voulu le garder. La police s'en va.
Face à S.. Je lui demande si ça va et en même temps, je lui dis que ce qui vient de se passer est bien fait pour sa gueule. C'est bien beau de se la péter gangsta mais il y a un prix à payer.
Petit con. Nous appelons son grand frère. Un chouette gars que nous connaissons aussi très bien. S. essaie à nouveau de se justifier en redisant qu'ils ont trouvé le shit à terre. Prends moi pour
un con. Le frère arrive. Nous lui exposons toute l'affaire. Il va s'en charger, il connaît bien la famille et il va attendre un peu que ça se calme. Je lui dis qu'il n'hésite pas à m'appeler
s'il a besoin d'un quelconque coup de main. Nous fermons la maison. Et là, un cas de conscience me saute dessus. Ai-je bien fait? Et s'il arrivait quelque chose à S. parce que je n'ai pas balancé
le nom? Mes collègues disent que nous avons fait ce qu'il fallait. Pas faux en ce qui concerne la loi de la rue. Mais pour le reste... l'avenir nous le dira.
Par Chris Spé
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Je crois que j'aurais bien aimé être un poète. Voire un écrivain. Balancer des trucs qui claquent. Je découvre mon nouveau
quartier. Avec plaisir. Pas encore envie de parler de mon boulot. Ce boulot que j'aime. Il est tard. Ou tôt. Les Doors en sourdine parce que je ne veux pas faire chier les voisins. Je dis à mes
objets qu'ils participent à mon bien-être. Hé hé. Manquerait plus qu'ils me répondent! Mes téléphones ont sonné. Ma tasse "tête de mort" me dit "encore un ti café?". Oh ben ouais... pourquoi pas?
De l'encens. Il fait bon ici. Ouais "nous allons à nouveau nous rencontrer". Après un petit dürüm poulet sauce andalouse frites à part parce qu'il n'y avait plus de kefta. Un bar aux accents
slaves. La chaise pivote. La main soutient le menton. La vie prend de ces virages des fois! Pourquoi s'emmerder à prévoir? Là est la question! "Show me the way to the next whisky bar!"... Voilà
une chouette demande. La lune d'Alabama. Et toujours les lumières de la ville! Et le chemin vers la prochaine nana? Hé hé. Vas-y chérie allume moi!
Par Chris Spé
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Alors je me dis que je devrais peut-être faire une retraite de trois jours. Dans un endroit isolé. En pleine nature. Sans
manger. Avec des aller-retours dans une tente à sudation. Pour avoir une vision. Une vision qui me guiderait le restant de ma vie. Mais je ne sais pas à quelle tribu j'appartiens. Je ne connais
donc pas les rites. Ouaip.
La pluie de novembre frappe sur les vitres. Une assiette. Omelette au chorizo. Avec du Tabasco. Des cris dans le soir. Un disque de Jeff Buckley. Et toutes ces histoires foireuses qui me sautent
à la gorge. Qui me sautent à l'âme. Tu voulais de la sensation? O rythmes lancinants. Profite bien. Elles connaissent toutes les mots qui font mouche. Qui tapent au but. Malgré ce nouveau
sanctuaire. Martèlent. Martèlent. Un poison lent mais sûr. O rythmes lancinants. Pas de protection. Connais-tu les anciens codes? C'est nécessaire pour tout remettre à jour. "Histoire inutile".
On efface et on recommence. Si seulement... La pluie froide de novembre frappe sur les vitres. Je suis peut-être en sécurité ici au bout du compte.
Nous avions prévu une balade. Nous avions prévu un resto. Mais elle me regarde avec un sourire plein de sous-entendus. Elle se déshabille. Svelte. Les yeux pétillants. Puis elle se met à genoux
pour... Alors forcément.
Merci beaucoup pour tous vos commentaires messieurs dames. Une chaleur.
Par Chris Spé
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