Vendredi 20 novembre 2009

Un extrait:

"Il est rare que les flics, les journalistes de faits divers et les travailleurs sociaux engagés et convaincus, ayant l'habitude de traîner en compagnie de leurs collègues, nouent des amitiés profondes avec des gens qui n'appartiennent pas à leur profession. Pour autant, ce ne sont pas des solitaires dans l'âme, ils n'ont rien d'élitiste, pas plus qu'ils ne se croient investis d'une mission. Simplement, ils ne partagent pas la vérité de leur expérience avec des personnes qui y sont étrangères. Si c'était le cas, celles-ci leur battraient probablement froid et s'esquiveraient."


James Lee Burke dans "Jolie Blon's Bounce"


J'ai été étrangement fier de trouver une référence à la profession dans un roman. Surtout chez un auteur comme James Lee Burke! Dans la moiteur du bayou. D'autant plus que je me reconnais assez bien dans ce passage. Sauf qu'en ces lieux, j'essaie de "partager la vérité de ma (petite) expérience". Prenez soin de vous.

Par Chris Spé - Publié dans : le métier - Communauté : Les chroniques de la meute
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Jeudi 19 novembre 2009

Il y a une tasse de café qui fume. Une musique douce en sourdine. Saxo. Trip urbain. Un bouquin de James Lee Burke qui traîne sur la table basse. La journée a été longue. Mais ça sent bon ici. Tout est possible. Un léger sourire. Des histoires. On raconte plein d'histoires quand les oreilles sont attentives. Aimant à confidences. L'amertume du café. Une lumière bleue qui fait de l'oeil. Et si nous ne parlions pas d'avenir? Et si nous ne parlions pas d'argent ou de plan de carrière? Et si nous ne nous soucions plus du sens? Haute voltige. Ressentir la texture nostalgique et douce du temps. Rechercher des instantanés rassurants. Dans un déluge de notes. Une route américaine.

Par Chris Spé - Publié dans : un regard - Communauté : Vive le désordre !
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Dimanche 15 novembre 2009



Ciel nuageux. Il a plu. Encore. J'adore la pluie. Je suis allé chercher les derniers cartons. Elle m'a appelé pour me dire qu'il restait beaucoup de choses. Dans un premier temps, j'ai dit "balance tout ça". Mais elle a insisté. Alors je suis allé chercher les derniers cartons. Les derniers. La B.O. de "The Virgin Suicides" comme fond sonore. Et puis, j'ai dû ranger. Une vie à deux se résume à bien peu de choses quand c'est terminé. Les odeurs de notre ancien appartement qui traînent sur mes affaires. Des réalités qui se télescopent. Il faut ranger. Et se souvenir des raisons qui m'ont fait prendre cette décision irréversible. Malgré la nouvelle solitude. Malgré les longues soirées.  Avec le temps... enfin, c'est ce qu'on dit.


Par Chris Spé - Publié dans : divers - Communauté : Les Bretons sont dans la place
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Mardi 10 novembre 2009

Non, pas de sang dans la rue ce week-end.  Cf l'article d'avant comme dirait l'autre. S. est désormais cantonné chez lui ce qui est un moindre mal. Une certaine réalité. Quelles sont les causes? Qui a raison? Qui a tort? Est-ce un putain de tonneau des Danaïdes? Je crois qu'il y a un peu de ça. Et je crois aussi que je dois être un con de descendant de Sisyphe. Une ex-stagiaire, qui est en "crimino" maintenant, m'a dit qu'elle avait pensé à moi parce qu'un de ses profs avait balancé que les éducs ne servaient à rien. Elle a préféré se taire plutôt que de lui dire ce qu'elle pensait. Sage. Et si effectivement, nous ne servions à rien? Un questionnement qui bouscule. Quand j'étais en formation d'éduc (irts - france), un prof nous avait dit que nous ne servions pas forcément à grand chose mais que, sans nous, ça serait encore pire. Alors puisque c'est mon blog, voilà ce que je pense. Il faut rester humble. La "personne", jeune ou moins jeune, ne s'en "sort" que grâce à elle. Nous ne sommes qu'une petite béquille à un moment donné de sa vie. Mais putain ce que c'est bon d'être une béquille!!!! Nous côtoyons la merde (et je ne parle pas des gens mais juste des situations). Nous ne sommes pas reconnus. Nous ne sommes pas syndiqués. Nous travaillons quand personne ne travaille plus. Nous ne faisons pas grève à la moindre petite broutille. Nous travaillons dans l'ombre. Nous sommes payés comme des grosses merdes. Nous n'avons pas de prime de risque alors que nous sommes tous les jours "au front". Nous ne sommes pas armés (et tant mieux). Alors camarades, personne ne vous le dira mais soyez fiers de votre métier! Soyez fiers de votre choix de vie (parce que nous devons avoir des conjoints compréhensifs)! Regardez-vous dans la glace avec un sourire!

ps: pour ceux qui débarquent ici, je ne sors pas juste de l'irts (institut régional du travail social),  j'ai mon diplôme depuis plus de 10 ans et ça fait une quinzaine d'années que je traîne dans le "social". La flamme est toujours là. N'écoutez pas les oiseaux de mauvais augure et poursuivez le combat!

Par Chris Spé - Publié dans : le métier - Communauté : Vive le désordre !
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Dimanche 8 novembre 2009

Samedi soir. La nuit tombe sur la maison des jeunes. Je ne travaille plus le samedi en principe. Mais de temps en temps. Lors d'évènements. Ou en renfort. Il commence à faire froid. Il y a du monde mais l'ambiance est plutôt tranquille. PS3. Internet. Atelier peinture. Et des graines de rappeurs qui répètent. Tout cela est relativement serein. Le calme avant la tempête.

Il est 18h30. La porte s'ouvre brusquement. Un "ancien" de la m.j. entre en rage. Un gars avec lequel nous nous sommes déjà frités, il y a quelques années. "Il est où S?". Silence de mort dans l'accueil. S. qui est sur un ordinateur lève la tête et avec un regard mêlé d'interrogations et de crainte dit qu'il est là. "Sors avec moi!". Il se lève et il accompagne le mec. La porte blindée se referme. Pas tranquille, je les suis. O. (un de mes collègues) vient avec moi.

La scène: S. est à terre en train de se faire rouer de coups de pieds. "Enculé". "Fils de pute". "Je vais te tuer". "Filer du shit à mon petit frère de 14 ans!". Nous nous interposons. "Quoi? Ça ne vous regarde pas! Vous feriez quoi à ma place vous?". Tout en hurlant, il essaie d'atteindre S. mais nous faisons barrage. Des coups arrivent somme toute à passer. Le gars est vraiment hors de lui. Mélange de sentiments en ce qui me concerne. Nous connaissons bien S. et même s'il est parfois un peu "lourd", c'est un chouette gamin de 16 ans. Et, en même temps, je me dis qu'il mérite un peu ce qui lui arrive. Mais... c'est surtout sa sécurité qui me préoccupe. Nous arrivons à le faire entrer dans la maison. Les autres jeunes sont au spectacle et ça commence à faire un bel attroupement devant et dans le bâtiment. S. a un beau bleu au niveau de l'oeil gauche. Il semble traumatisé. Un gars essaie de l'amener avec lui mais "l'énervé" nous suit. "Tu as de la chance d'être protégé! Mais on va se retrouver! Si je te croise dans la rue, je te casse la tête! Et je t'encule, pour toi, je vais devenir pédé! Je t'encule! Et tu peux appeler tes frères, on va vous massacrer! Fils de pute!". Il se tourne vers nous. "Et vous! Vous faîtes quoi!? Vous êtes censés éduquer les jeunes et vous laissez un gars donner du shit à un gamin de 14 ans!". Je ne réponds rien. Pas vraiment le moment. Il n'entendrait pas. L'échange ne s'est pas fait à la m.j. apparemment (et même, nous ne voyons pas toujours tout) et nous ne sommes pas non plus franchement responsables de toutes les rues de la ville mais soit... et puis, on aurait pu discuter de la raison de cette échange de shit... mais bon... vous voyez hein. Il gueule en disant que son père les a abandonnés et que c'est maintenant lui le chef de famille, qu'ils ont quatre jugements pénaux en attente et les huissiers à la porte. Et il s'en va avec un dernier "t'as intérêt à déménager parce que ça va être l'enfer pour toi ici!". S. est prostré. Encore beaucoup de jeunes présents. Je sors et j'entre presque en collision avec une jolie flic.

"On nous a signalé une bagarre ici". "Le problème est réglé". "Ils sont où ceux qui se bagarraient?". S. est là et il se remarque vu son état. Elle se dirige vers lui. Dehors. 4 à 5 policiers en uniforme, 2 en civil et un maître chien. Ça ne rigole pas. Tout le monde reste courtois. L'un des flics me demande si c'est moi qui les a appelés. Non. et ce n'est personne de l'équipe non plus. Un voisin sûrement. Et merde, bonjour l'image. A l'intérieur, l'agent de police pose des questions. "Tu connais le nom de la personne". S. est embêté et il répond "non". Elle me pose la question. Et là, je suis vraiment bien emmerdé. Je connais le nom de la famille (pas le prénom). S. me regarde. Je dois faire un choix très rapidement. Si je parle, "l'énervé" sera arrêté mais ça mettra de l'huile sur le feu entre les deux familles (sont loin d'être des tendres) et si je ne parle pas, est-ce que je fais mon boulot d'éduc? Pour moi, la loi reste la référence absolue. Je regarde une dernière fois S. dans les yeux. Non, je ne connais pas le nom du type. Les choses se tassent. Pendant que j'étais dehors, S. a parlé du shit en disant qu'il l'a trouvé par terre et que l'autre gamin avait voulu le garder. La police s'en va.

Face à S.. Je lui demande si ça va et en même temps, je lui dis que ce qui vient de se passer est bien fait pour sa gueule. C'est bien beau de se la péter gangsta mais il y a un prix à payer. Petit con. Nous appelons son grand frère. Un chouette gars que nous connaissons aussi très bien. S. essaie à nouveau de se justifier en redisant qu'ils ont trouvé le shit à terre. Prends moi pour un con. Le frère arrive. Nous lui exposons toute l'affaire. Il va s'en charger, il connaît bien la famille et il va attendre un peu que ça se calme. Je lui dis qu'il n'hésite pas à m'appeler s'il a besoin d'un quelconque coup de main. Nous fermons la maison. Et là, un cas de conscience me saute dessus. Ai-je bien fait? Et s'il arrivait quelque chose à S. parce que je n'ai pas balancé le nom? Mes collègues disent que nous avons fait ce qu'il fallait. Pas faux en ce qui concerne la loi de la rue. Mais pour le reste... l'avenir nous le dira.

Par Chris Spé - Publié dans : le métier - Communauté : ARCHITECTES D'INTERCOEURS
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